Je me suis emporté envers quelqu'un et depuis, je ne lui adresse plus la parole... Est-ce bien ?

Je me suis emporté envers quelqu'un et depuis, je ne lui adresse plus la parole... Est-ce bien ?

Rédigé le 04/04/2019
Leiolepis

Question :

Chalom Kavod Harav,

Je ne suis pas un garçon à histoire, mais il me suis emporté envers quelqu'un car j'ai senti qu'il profitait un peu trop de ma gentillesse, et depuis, je ne lui adresse plus la parole.

Beaucoup de personnes me disent qu'il ne faut laisser cette situation comme ça...

Mais pour ma part, je ne sais pas quoi penser.

Auriez-vous un conseil à me donner ?

Merci

Réponse :

Chalom,

Effectivement, tu n’as pas le droit d’agir ainsi car par cela, tu commets l’interdit de la Torah appelé

« lo tissna ète a’hikha bilvavékha



Tu ne haïras point ton frère en ton cœur ».

  • La halakha stipule qu’on commet cet interdit à partir du moment où on ne parle plus pendant trois jours à une personne à qui on a l’habitude de parler.

Tu n’as le droit de le haïr pour le tort qu’il t’a causé qu’à la condition d’aller d’abord lui expliquer en quoi ce qu’il a fait est mal.

On appelle cela une tokhe’ha, une réprimande.

  • Fais-lui gentiment comprendre que son comportement t’a blessé sans le culpabiliser,
    • en lui précisant que tu agis ainsi afin qu’il aille au Olam Haba
    • et parce que tu veux que la paix règne entre vous.



  • Par la suite, s’il ne te présente pas ses excuses, tu as le droit de le haïr.

Sur le terrain, je ne te conseille pas d’y aller toi-même car ce serait difficile ;

  • envoie plutôt une tierce personne lui parler, quelqu’un qui vous connaît bien tous les deux et qui tentera de rétablir le Chalom entre vous.

    Elle lui expliquera pourquoi tu as été touché et qu’il doit te demander pardon.



  • Si cela ne fonctionne pas la première fois,



    • elle retournera le voir une deuxième
    • puis une troisième fois

      jusqu’à ce qu’il réalise sa mauvaise attitude.



    • Après trois fois,



      • s’il ne te présente toujours pas ses excuses malgré toutes ces tentatives
      • ou qu’il ne regrette pas ce qu’il a fait,



    • tu auras le droit de continuer à ne pas lui adresser la parole,
      • bien qu’Hachem aime beaucoup le Chalom
      • et qu’il soit préférable que tu cèdes en acceptant d’être ami avec lui envers et contre tout.

Ce n’est pas facile, mais sache que si tu te comportes ainsi, Hachem te récompensera beaucoup pour cela puisqu’Il aime particulièrement ceux qui recherchent la paix et la font régner.

Nous avons tous commis un certain nombre de péchés que l’attribut de rigueur cherche à tout prix à nous faire payer en demandant à D.ieu de nous punir pour cela.

Hachem lui répond que cela est vrai selon la loi stricte, mais avant d’exercer Sa Justice, Il examine le comportement de chacun envers les autres.

  • Dès lors, si d’après la loi, une personne est tout à fait dans son droit de haïr son prochain sans le pardonner mais qu’elle choisit quand même de l’excuser, alors Hachem agit de la même façon envers elle en ne la punissant pas grâce à ce bon comportement.



  • De même qu’elle a été au-delà de la loi stricte qui lui permettait de haïr son prochain, alors D.ieu aussi se comporte au-delà de la loi stricte envers elle en lui évitant de subir un châtiment, mesure pour mesure, lui effaçant ainsi tous ses péchés.

    Autrement dit, être mévatèr (céder)en vaut vraiment la peine…

Le Rav Steinmann Zatsal, qui comptait parmi les plus grands rabbins de notre génération,  a dit :

« J’ai été jeune, puis vieux,

et je n’ai jamais vu une personne céder perdre quoi que ce soit… ».

  • Ce Rav avait le roua’h hakodèch et voyait des centaines de personnes chaque jour, et il n’a jamais vu une personne être perdante à cause du fait d’avoir cédé, excusé ou s’être écrasée.



  • Au contraire, grâce à sa grande expérience, il a pu constater à quel point ces personnes ont énormément gagné.

En résumé :

  • D’après la loi, si tu veux être stricte,



    • il faut lui expliquer pourquoi tu lui en veux et il doit te présenter tes excuses.



  • D’après le conseil,



    • ne tiens pas compte de tout cela,



    • pardonne-lui,



    • sois à nouveau son ami
      • et dorénavant, reste sur tes gardes pour qu’on ne profite pas trop de ta gentillesse.



        • Mais même si on profite de ta gentillesse, 

          sache qu’on t’aimera encore davantage dans le Ciel.

Au revoir,

Rav Ron Chaya

Agav...